Tabataba sy tolona…?! (Eux…nous…)

Dans un calendrier malgache ou imprimé à Madagascar, avec le fameux Fet.Nat. du 26 juin, vous remarquerez que le 29 mars est aussi marqué par la couleur réservée aux jours fériés (il fut un temps où un de nos illuminés président a décidé que ce jour là ne serait plus férié au prétexte que cela faisait partie de l’histoire, et que n’ayant pas encore été né cette année là, il ne trouvait pas nécessaire d’en faire tout un plat!…mais bon, ça n’a duré que quelques années!). C’est une date qui appartient à l’histoire de Madagascar…(et pas encore à l’Histoire ?)

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Le 29 mars 1947 fait partie de cette liste d’événements de notre histoire que l’on apprend en vrac à l’école mais dont on ne connaît pas exactement les détails ni le déroulement exact. L’on retient…plus exactement l’on nous a fait retenir qu’à cette date, les Malgaches se sont soulevés contre les Français pour retrouver l’Indépendance, que ces soulèvements ont été sévèrement réprimés …mais que 13 ans plus tard, le but a été finalement atteint: Madagascar redevient libre et les Malgaches des citoyens à part entière.

Si l’on regarde de plus près néanmoins, des informations essentielles manquent: qui a dirigé ces actes de rébellion? ont ils été mené à terme…d’où la répression? qui y a participé…avec quels moyens?

Sans avoir encore eu le temps de lire et d’approfondir ces questions avec des livres savants et bien étudiés ( Jacques Tronchon, L’insurrection malgache de 1947: essai d’interprétation historique, Ed. Karthala, 1986/ Henry Casseville, L’île ensanglantée: Madagascar 1946-1947, Fasquelle, 1948/ L’insurrection de 1947 et la décolonisation à Madagascar à travers les régions, et « là où il ne s’est rien passé, Ed Tsipika, 2008…), certains bouts d’information, des bribes de vérité peuvent être recueillis soit dans la littérature malgache, avec quelques uns des romans de E.D Andriamalala..ou encore dans ce film Tabataba (l’un des rares films malgaches primés sur la scène internationale dont le Festival de Cannes en 1988…et oui, Malok’ila X n’est pas du tout représentatif du cinéma malgache même s’il en est à son enième saison :p). L’on constatera dans ce film que certes les Malgaches voulaient retrouver l’Indépendance mais tous ne se sont pas battus: certains ont pris les armes et le chemin de la guérilla et d’autres voulaient passer par des moyens moins violents (ou étaient encouragés à persuader les autres de ne pas se battre mais d’opter pour des élections ou de simples demandes comme on demanderait un acte d’état civil). Les armes dont disposaient ces mafana fo étaient en bois et ils croyaient (ou on leur faisait croire) que les balles des vazaha allaient se transformer en eau de par leur protection par des talismans. Ils y sont allés et croyaient fermement que comme pour le débarquement en Normandie les Américains allaient leur venir en aide. La répression ne pouvait être considéré comme le fruit d’une quelconque rébellion qui aurait réussi mais a été faite pour annihiler toute autre velléité et pour étouffer dans l’oeuf tout autre désir de combattre chez les survivants.

Jusqu’à présent, une certaine controverse persiste sur le nombre réel de victimes de la répression après ce soulèvement de 1947. 70 000…80 000…100 000…? Au delà du décompte macabre, il est essentiel de retenir que ces « événements de 47 » ont semé la douleur au sein d’une Nation, la mort parmi le peuple et le déchirement dans les familles…et cela, juste 2 ans après le « plus jamais ça » de la Société des Nations.

Une exposition a tenté de livrer le témoignage de ces bekotro maro olatra (ainsi sont nommés nos vétérans de 1947) et de libérer leurs paroles et un livre en a été tiré: Portraits d’insurgés, Madagascar 1947 , paru en mars 2011.

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Les récits y sont poignants et l’on se rend compte qu’ils ont vécu l’enfer, l’humiliation et l’innommable pour cet idéal d’indépendance. Ils ont combattu au prix de leur vie pour défendre cette soif de liberté.

 » Pendant ces jours, il y avait…quand les autres ne pouvaient plus se retenir et pissaient ou faisaient leurs besoins, et bien ça venait sur nous, ça coulait sur nous, sur nos corps, sur nos visages, ça coulait dans nos bouches, car nous ne pouvions même pas bouger, nous n’étions plus des êtres humains, nous étions souillés, salis…Et pendant ces jours, il n’y avait pas d’eau, nos mains étaiens sales; nos lèvres étaient sales; et ils jetaient la nourriture dans le tas; et la nourriture coulait aussi comme nos merdes et coulait dans nos bouches »*** 

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« Nous étions vomissures et corps morts (…) et je suis tombé parmi les premiers, d’autres corps sont tombés sur moi, d’autres corps de vomissure et de diarrhée, et c’est comme cela que j’ai survécu, respirant le vomi et la merde au lieu du gaz, et cette odeur est l’odeur de ma survie, cette odeur, l’odeur de la merde »***

Dox, un écrivain malgache nous demandait un jour si on allait enjamber les morts…si on allait poursuivre les oeuvres des anciens et perpétuer ceux-ci pour nos descendants…

 » Iza no ho vonjena,vola sa Tanindrazana? Ny tena ity sahirana, ny fiadanana io mitsidika eo am-baravarana; miantso koa anefa ny tanindrazana, ka iza no hovonjena?

Vola sa Tanindrazana? 

Raha hamonjy vola mantsy dia ho afaka amin’ny fahoriana fa ho lasa mpiasam-panjakana ka hahita fiadanana. Raha hamonjy Tanindrazana kosa toa hisedra fahafatesana, toa higadra any am-ponja, toa hiharam-panenjehana. Tsy izaho irery no terak’i Gasikara, koa raha mba mipetraka toy ny hafa aho dia ho tsiniko ve izany? (…) Veloma Ravola! Tanindrazako tsy hamidiko vola! (…) Vokatry ny fanapaha-kevitro dia ireo namako no nisy lasa mpiasam-panjakana fa izaho koa niafara tany an-tranomaizina, nohelohina 15 taona (…). Tsy kivy anefa fa nisikina hibaby ny hazo fijalian’ny Fireneko ka nanandratra ny vetso-po, feno fanakanana. »*** 

Je me demande qui parmi mes semblables, qui de ma génération aura le courage nécessaire  pour prendre le relais et honorer le combat pour Madagascar…

…Je me retourne…qui sera là?

Portraits d'insurgés

***Extraits des témoignages de ces insurgés.

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