A chacun sa manière…

 » Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » exhortait John Fitzerald Kennedy lors de son discours d’investiture en janvier 1961.

Il n’est nul besoin ici de refaire un tableau (bien pauvre et monocolore) de la situation à Madagascar : comme on le dit si bien en malgache mampiteny ny moana ( mot-à-mot cette expression veut dire que la situation arrive à faire parler le muet), mais même ceux qui n’aiment pas vraiment parler politique ont fini par sortir un billet là-dessus. Pour résumer l’histoire : le bateau Madagascar coule lentement mais sûrement, après avoir dérivé des décennies durant.

Ce n’est pas la première fois qu’une crise politique touche la Grande Île : il y a eu (19)72, plusieurs évènements à partir de 1975(19)91, 2002, 2009, 2013…Les crises reviennent, se rapprochent et se ressemblent avec juste les acteurs qui changent et les slogans aussi. Il est peut-être (?) temps que les Malgaches se ressaisissent et se demandent ce qui peut être fait pour Madagascar?

– Descendre dans la rue?

Il est difficile de connaître les motivations des uns et des autres voulant occuper la fameuse place du 13 mai de l’Indépendance ou tout autre tany malalaka (Akorondrano…) et réclamer le départ des uns et des autres. Ils peuvent parvenir à leur fin mais le scénario redevient le même à plus ou moins long terme (A est destitué, B prend sa place, x temps se passe, B se fait destituer par A…etc…). D’autant plus difficile pour moi de comprendre la démarche vu que d’une part, aucune personne proche ni de la famille n’a fait la « marche de la liberté » à Iavoloha en août 1991. Et que d’autre part, je n’ai moi même pas participé aux sit-in et autres grèves sur cette place de l’Indépendance notamment pendant les évènements de 2002. Non pas que je ne pouvais pas, je ne voulais pas c’est tout. D’ailleurs à cette époque, à plusieurs reprises, j’ai été prise à partie par la très grande majorité de mes co-promotionnaires. Je vous épargne les moqueries, les ironies suggérant mon appartenance au camp d’en face, celui du raikalahy taloha. Parce que forcément, dans la pensée du plus grand nombre, il n’y avait pas d’alternative possible et si on ne voulait pas aller user son jean là-bas c’est parce qu’on était contre le troupeau!

Changer les choses par la rue, j’ai du mal à adhérer, ça finit mal en général.

– Faire soi-même de la politique pour changer tout cela?

Encore plus difficile. On a tendance, nous les Malgaches à nous moquer gentiment des vazaha et à dire « zany koa ve dia mila hianarana théorie be fa tonga dia hataovy any e! ». L’aspect théorique des choses, on n’aime pas trop, on prétend faire de l’empirisme, et y aller de suite. Ce n’est pas grave si à la base on n’est pas qualifié pour, pourvu qu’on le fasse. Hey bah non! diriger un pays ne s’improvise pas, de même qu’endosser de grandes responsabilités. Ce n’est pas par pure vantardise ou pur élitisme que ces vazaha ont mis en place un certain parcours de formation (et de haut niveau!) pour ceux qui se destinent à gouverner. C’est juste parce que gouverner cela s’apprend. Et diriger un pays, la destinée de ces concitoyens n’est pas un acquis, même si on a eu du succès dans une entreprise florissante ou toute autre activité commerciale. Travailler en vue de satisfaire l’intérêt général n’est pas exactement la même chose que travailler pour les intérêts commerciaux et financiers d’une entreprise. De même, avoir des responsabilités sur l’avenir de millions de personnes ne va pas forcément de soi, malgré toute la célébrité que l’on a, ou toutes les réussites professionnelles dans le privé que l’on engrange.

– Se taire et laisser faire puisque de toute façon c’est cuit?

C’est généralement ce qui est reproché à la majorité qualifiée de « silencieuse » ces derniers temps. Qu’elle subit sans rien dire sans rien faire. Comment reprocher à un grand nombre de ne pas se préoccuper de ces histoires qui leur semble loin de leur préoccupation première: la survie ; si ce n’est la satisfaction des besoins primaires, c’est l’obligation de garder le travail à cause de la première raison. Comment reprocher à une certaine partie de la population de ne penser qu’à faire ce qui améliorerait l’horizon, vu l’impossibilité de planifier l’avenir.

Que faire alors?

– Faire quelque chose à sa portée

Il serait salvateur d’abandonner le messianisme et de croire qu’une personne seule, combien même son pedigree est promoteur, puisse être capable de faire quelque chose pour le pays tout entier. Il est aussi utopique de croire que les choses s’arrangeront d’elles mêmes. Mais vu tout ce qu’il y a à faire, et le travail colossal à réaliser, et si on veut vraiment faire quelque chose, la meilleure façon serait de faire quelque chose à sa portée.  Tout le monde ne peut avoir l’envergure d’un Nelson Mandela, ni d’un Gandhi, ni d’un Abraham Lincoln. Mais, comme nous disent nos chers ancêtres se sont les petites choses mises bout à bout qui peuvent devenir de grandes choses (ny erikerika no mahatondra-drano : ce sont les crachins qui plus tard vont faire déborder les rivières). Il n’est pas besoin d’exiger des uns et des autres qu’ils fassent des miracles, ou de croire que tout sera meilleur du jour au lendemain. Juste demander à ce que chacun, à sa manière, avec honnêteté, dans ce qu’il maîtrise, fasse quelque chose dans le sens de remettre le pays sur les rails. Juste quelques exemples : vous travaillez et avez pouvoir sur la vie des gens? faites, dans les temps, le travail pour lequel vous êtes rémunéré sans demander un petit quelque chose en plus et sans abus de pouvoir. Vous êtes étudiants? le premier devoir serait de réussir ces études réellement, sans tricherie, ni pot de vins. Vous êtes à l’étranger? vous pouvez aider et financer les associations et autres organismes (les sérieux) qui oeuvrent pour faire quelque chose au pays. Ce chanteur a compris et ne s’est pas lancé dans la politique (pas encore?! :p ), mais a fait quelque chose à sa portée : exprimer son ras-le-bol par un rap, un peu comme eux. Ce qui nous a perdu, entre autres raisons, c’est cette difficulté que chacun a de rester dans son domaine. Si l’Armée ne s’est pas mêlée de la politique, si les magistrats se sont contentés de faire et de dire le droit, si les églises s’occupaient un peu plus des âmes et des bonnes conduites de leurs troupeaux, si les entrepreneurs se bornaient à créer des emplois et à fructifier leur capital…peut-être que le pays serait dans une autre situation. Mais…(on pourrait avoir un monde meilleur avec beaucoup de si…mais ce n’est pas la réalité).

Un dernier moyen de faire quelque chose est de rejoindre ceux qui sont animés de cette même volonté. Il y a Wake up Madagascar dont les objectifs sont clairement  : « réveiller le militantisme et l’activisme malgaches / soutenir les valeurs citoyennes et démocratiques / interpeller les décideurs sur leurs devoirs de redevabilité et sur le principe de la refondation de la société malgache ». Ils ne sont affiliés à aucun parti politique, aucun candidat mais sont animés par cette soif de « remettre le citoyen au centre de la vie nationale« , que l’on se sente concerné par ce qui se passe  et que l’on ne regarde pas juste de loin les manoeuvres des « politiques » malgaches, en se disant que cela ne nous concerne pas.

Le passage cité en début est souvent repris et ressorti à toutes les sauces, dans toutes les circonstances. Mais il y en a un autre aussi qui est tout aussi important  » nous n’accomplirons pas tout cela dans les cent premiers jours, ni sous ce gouvernement, ni même peut-être au cours de notre existence sur cette planète. Mais nous pouvons commencer ». Et à l’heure actuelle, pour Madagascar, il serait bon de se souvenir de ce deuxième passage aussi.

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