A chacun sa manière…

 » Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » exhortait John Fitzerald Kennedy lors de son discours d’investiture en janvier 1961.

Il n’est nul besoin ici de refaire un tableau (bien pauvre et monocolore) de la situation à Madagascar : comme on le dit si bien en malgache mampiteny ny moana ( mot-à-mot cette expression veut dire que la situation arrive à faire parler le muet), mais même ceux qui n’aiment pas vraiment parler politique ont fini par sortir un billet là-dessus. Pour résumer l’histoire : le bateau Madagascar coule lentement mais sûrement, après avoir dérivé des décennies durant.

Ce n’est pas la première fois qu’une crise politique touche la Grande Île : il y a eu (19)72, plusieurs évènements à partir de 1975(19)91, 2002, 2009, 2013…Les crises reviennent, se rapprochent et se ressemblent avec juste les acteurs qui changent et les slogans aussi. Il est peut-être (?) temps que les Malgaches se ressaisissent et se demandent ce qui peut être fait pour Madagascar?

– Descendre dans la rue?

Il est difficile de connaître les motivations des uns et des autres voulant occuper la fameuse place du 13 mai de l’Indépendance ou tout autre tany malalaka (Akorondrano…) et réclamer le départ des uns et des autres. Ils peuvent parvenir à leur fin mais le scénario redevient le même à plus ou moins long terme (A est destitué, B prend sa place, x temps se passe, B se fait destituer par A…etc…). D’autant plus difficile pour moi de comprendre la démarche vu que d’une part, aucune personne proche ni de la famille n’a fait la « marche de la liberté » à Iavoloha en août 1991. Et que d’autre part, je n’ai moi même pas participé aux sit-in et autres grèves sur cette place de l’Indépendance notamment pendant les évènements de 2002. Non pas que je ne pouvais pas, je ne voulais pas c’est tout. D’ailleurs à cette époque, à plusieurs reprises, j’ai été prise à partie par la très grande majorité de mes co-promotionnaires. Je vous épargne les moqueries, les ironies suggérant mon appartenance au camp d’en face, celui du raikalahy taloha. Parce que forcément, dans la pensée du plus grand nombre, il n’y avait pas d’alternative possible et si on ne voulait pas aller user son jean là-bas c’est parce qu’on était contre le troupeau!

Changer les choses par la rue, j’ai du mal à adhérer, ça finit mal en général.

– Faire soi-même de la politique pour changer tout cela?

Encore plus difficile. On a tendance, nous les Malgaches à nous moquer gentiment des vazaha et à dire « zany koa ve dia mila hianarana théorie be fa tonga dia hataovy any e! ». L’aspect théorique des choses, on n’aime pas trop, on prétend faire de l’empirisme, et y aller de suite. Ce n’est pas grave si à la base on n’est pas qualifié pour, pourvu qu’on le fasse. Hey bah non! diriger un pays ne s’improvise pas, de même qu’endosser de grandes responsabilités. Ce n’est pas par pure vantardise ou pur élitisme que ces vazaha ont mis en place un certain parcours de formation (et de haut niveau!) pour ceux qui se destinent à gouverner. C’est juste parce que gouverner cela s’apprend. Et diriger un pays, la destinée de ces concitoyens n’est pas un acquis, même si on a eu du succès dans une entreprise florissante ou toute autre activité commerciale. Travailler en vue de satisfaire l’intérêt général n’est pas exactement la même chose que travailler pour les intérêts commerciaux et financiers d’une entreprise. De même, avoir des responsabilités sur l’avenir de millions de personnes ne va pas forcément de soi, malgré toute la célébrité que l’on a, ou toutes les réussites professionnelles dans le privé que l’on engrange.

– Se taire et laisser faire puisque de toute façon c’est cuit?

C’est généralement ce qui est reproché à la majorité qualifiée de « silencieuse » ces derniers temps. Qu’elle subit sans rien dire sans rien faire. Comment reprocher à un grand nombre de ne pas se préoccuper de ces histoires qui leur semble loin de leur préoccupation première: la survie ; si ce n’est la satisfaction des besoins primaires, c’est l’obligation de garder le travail à cause de la première raison. Comment reprocher à une certaine partie de la population de ne penser qu’à faire ce qui améliorerait l’horizon, vu l’impossibilité de planifier l’avenir.

Que faire alors?

– Faire quelque chose à sa portée

Il serait salvateur d’abandonner le messianisme et de croire qu’une personne seule, combien même son pedigree est promoteur, puisse être capable de faire quelque chose pour le pays tout entier. Il est aussi utopique de croire que les choses s’arrangeront d’elles mêmes. Mais vu tout ce qu’il y a à faire, et le travail colossal à réaliser, et si on veut vraiment faire quelque chose, la meilleure façon serait de faire quelque chose à sa portée.  Tout le monde ne peut avoir l’envergure d’un Nelson Mandela, ni d’un Gandhi, ni d’un Abraham Lincoln. Mais, comme nous disent nos chers ancêtres se sont les petites choses mises bout à bout qui peuvent devenir de grandes choses (ny erikerika no mahatondra-drano : ce sont les crachins qui plus tard vont faire déborder les rivières). Il n’est pas besoin d’exiger des uns et des autres qu’ils fassent des miracles, ou de croire que tout sera meilleur du jour au lendemain. Juste demander à ce que chacun, à sa manière, avec honnêteté, dans ce qu’il maîtrise, fasse quelque chose dans le sens de remettre le pays sur les rails. Juste quelques exemples : vous travaillez et avez pouvoir sur la vie des gens? faites, dans les temps, le travail pour lequel vous êtes rémunéré sans demander un petit quelque chose en plus et sans abus de pouvoir. Vous êtes étudiants? le premier devoir serait de réussir ces études réellement, sans tricherie, ni pot de vins. Vous êtes à l’étranger? vous pouvez aider et financer les associations et autres organismes (les sérieux) qui oeuvrent pour faire quelque chose au pays. Ce chanteur a compris et ne s’est pas lancé dans la politique (pas encore?! :p ), mais a fait quelque chose à sa portée : exprimer son ras-le-bol par un rap, un peu comme eux. Ce qui nous a perdu, entre autres raisons, c’est cette difficulté que chacun a de rester dans son domaine. Si l’Armée ne s’est pas mêlée de la politique, si les magistrats se sont contentés de faire et de dire le droit, si les églises s’occupaient un peu plus des âmes et des bonnes conduites de leurs troupeaux, si les entrepreneurs se bornaient à créer des emplois et à fructifier leur capital…peut-être que le pays serait dans une autre situation. Mais…(on pourrait avoir un monde meilleur avec beaucoup de si…mais ce n’est pas la réalité).

Un dernier moyen de faire quelque chose est de rejoindre ceux qui sont animés de cette même volonté. Il y a Wake up Madagascar dont les objectifs sont clairement  : « réveiller le militantisme et l’activisme malgaches / soutenir les valeurs citoyennes et démocratiques / interpeller les décideurs sur leurs devoirs de redevabilité et sur le principe de la refondation de la société malgache ». Ils ne sont affiliés à aucun parti politique, aucun candidat mais sont animés par cette soif de « remettre le citoyen au centre de la vie nationale« , que l’on se sente concerné par ce qui se passe  et que l’on ne regarde pas juste de loin les manoeuvres des « politiques » malgaches, en se disant que cela ne nous concerne pas.

Le passage cité en début est souvent repris et ressorti à toutes les sauces, dans toutes les circonstances. Mais il y en a un autre aussi qui est tout aussi important  » nous n’accomplirons pas tout cela dans les cent premiers jours, ni sous ce gouvernement, ni même peut-être au cours de notre existence sur cette planète. Mais nous pouvons commencer ». Et à l’heure actuelle, pour Madagascar, il serait bon de se souvenir de ce deuxième passage aussi.

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Tabataba sy tolona…?! (Eux…nous…)

Dans un calendrier malgache ou imprimé à Madagascar, avec le fameux Fet.Nat. du 26 juin, vous remarquerez que le 29 mars est aussi marqué par la couleur réservée aux jours fériés (il fut un temps où un de nos illuminés président a décidé que ce jour là ne serait plus férié au prétexte que cela faisait partie de l’histoire, et que n’ayant pas encore été né cette année là, il ne trouvait pas nécessaire d’en faire tout un plat!…mais bon, ça n’a duré que quelques années!). C’est une date qui appartient à l’histoire de Madagascar…(et pas encore à l’Histoire ?)

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Le 29 mars 1947 fait partie de cette liste d’événements de notre histoire que l’on apprend en vrac à l’école mais dont on ne connaît pas exactement les détails ni le déroulement exact. L’on retient…plus exactement l’on nous a fait retenir qu’à cette date, les Malgaches se sont soulevés contre les Français pour retrouver l’Indépendance, que ces soulèvements ont été sévèrement réprimés …mais que 13 ans plus tard, le but a été finalement atteint: Madagascar redevient libre et les Malgaches des citoyens à part entière.

Si l’on regarde de plus près néanmoins, des informations essentielles manquent: qui a dirigé ces actes de rébellion? ont ils été mené à terme…d’où la répression? qui y a participé…avec quels moyens?

Sans avoir encore eu le temps de lire et d’approfondir ces questions avec des livres savants et bien étudiés ( Jacques Tronchon, L’insurrection malgache de 1947: essai d’interprétation historique, Ed. Karthala, 1986/ Henry Casseville, L’île ensanglantée: Madagascar 1946-1947, Fasquelle, 1948/ L’insurrection de 1947 et la décolonisation à Madagascar à travers les régions, et « là où il ne s’est rien passé, Ed Tsipika, 2008…), certains bouts d’information, des bribes de vérité peuvent être recueillis soit dans la littérature malgache, avec quelques uns des romans de E.D Andriamalala..ou encore dans ce film Tabataba (l’un des rares films malgaches primés sur la scène internationale dont le Festival de Cannes en 1988…et oui, Malok’ila X n’est pas du tout représentatif du cinéma malgache même s’il en est à son enième saison :p). L’on constatera dans ce film que certes les Malgaches voulaient retrouver l’Indépendance mais tous ne se sont pas battus: certains ont pris les armes et le chemin de la guérilla et d’autres voulaient passer par des moyens moins violents (ou étaient encouragés à persuader les autres de ne pas se battre mais d’opter pour des élections ou de simples demandes comme on demanderait un acte d’état civil). Les armes dont disposaient ces mafana fo étaient en bois et ils croyaient (ou on leur faisait croire) que les balles des vazaha allaient se transformer en eau de par leur protection par des talismans. Ils y sont allés et croyaient fermement que comme pour le débarquement en Normandie les Américains allaient leur venir en aide. La répression ne pouvait être considéré comme le fruit d’une quelconque rébellion qui aurait réussi mais a été faite pour annihiler toute autre velléité et pour étouffer dans l’oeuf tout autre désir de combattre chez les survivants.

Jusqu’à présent, une certaine controverse persiste sur le nombre réel de victimes de la répression après ce soulèvement de 1947. 70 000…80 000…100 000…? Au delà du décompte macabre, il est essentiel de retenir que ces « événements de 47 » ont semé la douleur au sein d’une Nation, la mort parmi le peuple et le déchirement dans les familles…et cela, juste 2 ans après le « plus jamais ça » de la Société des Nations.

Une exposition a tenté de livrer le témoignage de ces bekotro maro olatra (ainsi sont nommés nos vétérans de 1947) et de libérer leurs paroles et un livre en a été tiré: Portraits d’insurgés, Madagascar 1947 , paru en mars 2011.

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Les récits y sont poignants et l’on se rend compte qu’ils ont vécu l’enfer, l’humiliation et l’innommable pour cet idéal d’indépendance. Ils ont combattu au prix de leur vie pour défendre cette soif de liberté.

 » Pendant ces jours, il y avait…quand les autres ne pouvaient plus se retenir et pissaient ou faisaient leurs besoins, et bien ça venait sur nous, ça coulait sur nous, sur nos corps, sur nos visages, ça coulait dans nos bouches, car nous ne pouvions même pas bouger, nous n’étions plus des êtres humains, nous étions souillés, salis…Et pendant ces jours, il n’y avait pas d’eau, nos mains étaiens sales; nos lèvres étaient sales; et ils jetaient la nourriture dans le tas; et la nourriture coulait aussi comme nos merdes et coulait dans nos bouches »*** 

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« Nous étions vomissures et corps morts (…) et je suis tombé parmi les premiers, d’autres corps sont tombés sur moi, d’autres corps de vomissure et de diarrhée, et c’est comme cela que j’ai survécu, respirant le vomi et la merde au lieu du gaz, et cette odeur est l’odeur de ma survie, cette odeur, l’odeur de la merde »***

Dox, un écrivain malgache nous demandait un jour si on allait enjamber les morts…si on allait poursuivre les oeuvres des anciens et perpétuer ceux-ci pour nos descendants…

 » Iza no ho vonjena,vola sa Tanindrazana? Ny tena ity sahirana, ny fiadanana io mitsidika eo am-baravarana; miantso koa anefa ny tanindrazana, ka iza no hovonjena?

Vola sa Tanindrazana? 

Raha hamonjy vola mantsy dia ho afaka amin’ny fahoriana fa ho lasa mpiasam-panjakana ka hahita fiadanana. Raha hamonjy Tanindrazana kosa toa hisedra fahafatesana, toa higadra any am-ponja, toa hiharam-panenjehana. Tsy izaho irery no terak’i Gasikara, koa raha mba mipetraka toy ny hafa aho dia ho tsiniko ve izany? (…) Veloma Ravola! Tanindrazako tsy hamidiko vola! (…) Vokatry ny fanapaha-kevitro dia ireo namako no nisy lasa mpiasam-panjakana fa izaho koa niafara tany an-tranomaizina, nohelohina 15 taona (…). Tsy kivy anefa fa nisikina hibaby ny hazo fijalian’ny Fireneko ka nanandratra ny vetso-po, feno fanakanana. »*** 

Je me demande qui parmi mes semblables, qui de ma génération aura le courage nécessaire  pour prendre le relais et honorer le combat pour Madagascar…

…Je me retourne…qui sera là?

Portraits d'insurgés

***Extraits des témoignages de ces insurgés.

Hay Zara – Le portail de gestion des connaissances sur Madagascar

Dans la lignée de ces liens qui pourraient vous être utiles un jour… si vous vous intéressez à Madagascar, voici un autre site qui est intéressant. « Hay zara »  qui porte bien son nom. Si je m’essaie à la traduction, cela signifierait: savoir partager. Parce que oui, il y a souvent un petit hic dans le partage d’informations. Dans certaines institutions il faut venir avec la croix et la bannière pour pouvoir consulter certains documents, ou connaître untel qui est l’ami de la famille d’untelle, ou tout juste vous avez porte close devant vous.

Et donc, ce site met en ligne, à la disposition de toute personne une masse importante d’informations et de ressources sur Madagascar. La « banque de connaissances » regroupe 7 thèmes: la santé, l’éducation, la gouvernance, la pauvreté et le développement économique, la sécurité alimentaire, la nutrition, la communication et les technologies et enfin le dernier thème concerne les urgences et la réduction des risques de catastrophes.

Les documents et ressources sont issus des études faites par les agences des Nations Unies et des autres intervenants de ces domaines. Le site est assez riche, visitez le, faites les connaître!

Bonne navigation et n’oubliez jamais de citer vos sources :p (le plagiat c’est pas bon)

Ps: Merci à Mirana d’être passée, j’ai presque oublié qu’il y avait des articles que l’on pouvait rédiger sans passer des jours et des nuits dessus :p

Revues scientifiques malgaches en ligne

Souvent, le domaine de la recherche malgache est dénigré car considéré comme inexistant. Parfois, il suffit d’atterrir sur les bons liens pour constater que oui, la recherche malgache existe et que certains de ses résultats sont disponibles en ligne.

Donc, voici quelques liens intéressants, pour toi l’étudiant, le chercheur, le curieux…juste au cas où…pour t’éviter les heures de recherche que moi-même j’ai enduré :p

–  “Thèses malgaches en ligne”: bien qu’il s’appelle ainsi, il y a aussi sur le site des mémoires de DESS et de DEA. Le site regroupe (presque) tous les travaux universitaires écrits et déposés dans les Universités publiques de Madagascar depuis 1992.

« Le portail des revues scientifiques malgaches »: le site met en ligne les revues produites par les universitaires malgaches. Mention spéciale à la rubrique « Revues archivées » qui contiennent, entre autre les Annales de l’Université de Madagascar en droit, ou encore, « les Cahiers du Centre d’Etudes des Coutumes »

– Le « Madagascar Conservation & Development »: c’est une revue en ligne qui publie des articles surtout sur les problématiques de la conservation et du développement à Madagascar (lapalisse me dirait vous :p)

Bonne lecture et bonnes recherches!!

Ps: et n’oubliez pas de citer les références comme il se doit lorsque vous trouvez quelque chose qui vous intéresse,…ne plagiez pas, ne copiez-collez pas..soyez original et honnête! 😉

…a voté

La campagne pour les présidentielles françaises est finie, et le résultat connu depuis le soir du 6 mai à 20h (ou à 18h30 pour certains). Le 8 mai, le président fraîchement élu, et celui qui va terminer son mandat le 15 mai sont ensemble pour la commémoration de la fin de la Seconde Guerre Mondiale par la victoire des Alliés sur l’Allemagne Nazie. C’est une image forte, démocratique et incroyable.

La campagne pour les présidentielles américaines est commencée et l’épisode sera clos le 20 ou le 21 janvier par la cérémonie d’investiture de celui qui va gagner ces élections. C’est une cérémonie presque immuable, avec ses codes, sa Bible et son discours d’investiture.

Dans certains pays, les élections n’ont pas les mêmes significations que dans les pays cités ci-dessus. C’est le cas du mien. Au lieu de s’attendre à un renouvellement démocratique du pouvoir, on a toujours peur que ça dégénère, et ça ne manque jamais de le faire. Les résultats sont toujours contestés et soupçonnés d’être entachés de fraudes en tout genre (quand ils ne sont pas auto-proclamés). La passation de pouvoir…ça existe? Tous ces facteurs font que de moins en moins de citoyens croient que les élections peuvent changer quelque chose à leur vie quotidienne, et qu’ils n’attribuent, non sans raison, aucun pouvoir à la chose politique. D’où un désintéressement inquiétant de la population, plus occupée à chercher son pain quotidien qu’à savoir si ces modifications constitutionnelles ou ces élections législatives ou présidentielles vont vraiment contribuer à améliorer leur bien être ou ne font que servir un certain nombre de tenants du pouvoir (et pour certains, depuis l’accession à « l’Indépendance » en 1960).

Les deux images citées plus haut sont à la fois bizarre, et donnent envie. Comment ils font, ces anciens adversaires pour être côte à côte, pour arriver à se contenir sans s’étriper…et accepter l’un comme l’autre, le choix de leurs concitoyens. Comment cela se fait il qu’il n’y en ait pas un qui en appelle à l’Armée ou à toute autre force disposant d’armes pour rester/ accéder au pouvoir? Pourquoi il n’y en a pas un qui rameute la population pour investir une place (de préférence symbolique) et y rester jusqu’à ce que quelque chose se passe? Pourquoi il n’y a pas un camp qui conteste les résultats finaux?

Ca doit être cela la Démocratie. Et malheureusement, mon cher pays n’a jamais encore connu cela…Encore pire, depuis près de 3 ans, il y règne un grand « n’importe quoi »…et bien qu’avant, on considérait que les élections n’allaient rien changer, maintenant, on se rend compte, que non, il ne faut pas nous en priver malgré tout. Et si eux, ceux qui sont se maintiennent au pouvoir (à tout prix) ne peuvent offrir à leurs concitoyens ces chères élections, il ne reste plus à ces derniers qu’à prier, écrire au Père Noël, pour qu’enfin, un jour (lointain?), elles puissent se tenir ces élections et que leurs résultats soient acceptés de tous, reconnus comme non entachés de fraudes…et qu’enfin, on puisse assister à une cérémonie de passation de pouvoir à Madagascar.

Sarotiny alohan’ny (miaraka amin’ny) tompony

Fotoam-pifidianana aty an-tanin’olona aty amin’izao fotoana izao. Samy maneho ny heviny sy manohana ny saovaliny ny tsirairay. Misy tranga-javatra mahagaga ahy kosa anefa amin’izany rehetra izany. Marihina mialoha eto fa tsy misy fialonana velively ny tenako, na alahelo an-kanina, na inona fa fomba fijeriko manokana ny eto ary mba tiako hampitaina. Tsy izany fa dia talanjona sy gaga ny tena mahita ireo Malagasy sasany izay miaro mafy tokoa ny firehan-kevitra ankavanana. Malagasy izy an’endrika, ary Malagasy anarana, fa zany hoe vazaha taratasy angaha ka afaka mifidy sy manohy ny heviny amin’izato fifidianana. Tsy misy fanenjehana velively amin’ny maha-vazaha taratasy azy akory: izay no anjarany, aiza ny olana? fa eo amin’ilay firehan-kevitra no mahagaga. Satria ny hery an-kavanana tompoko dia ireo izay milaza fa dia ny mety kokoa hoan’ny vahiny ny mody an-taniny, tsy mitsetra ny harena sy fanampiana misy eto amin’ny tanin’ny vazaha.

Amin’ny fo tsy miangatra, amin’ny fomba ahoana kay no tena ahafahako milaza (raha ohatra ka maka an’ilay toeran’ilay Gasy vazaha taratasy aho) amin’ireo lazaina hoe vahiny hoe mandehana ianareo mody, manasoa ny tanindrazana? Hoe tsy ilaina ny vahiny izay manao mora manana an-tanin’olona  an-taniny? Hoe tsy mety raha ny avy amin’ny ankavia no tafakatra fa raha izany no mitranga dia hahazo taratasy ara-dalàna daholo ireo vahiny izay minia mipetraka eto na dia tsy manana alalana amin’izany aza?  Fa alohan’ny naha-« tompon-tany » anao anie ianao dia mba « vahiny » koa e, sa ve rehefa azo le taratasy dia voafafa toy ny tsy nisy avokoa le nahavahiny anao teo aloha?

Tena tsy takatry ny saiko…niezaka aho fa tsy mety azoko hoe amin’ny fomba ahoana olona izay mitovy rà sy tanindrazana (fahiny?) aminao no handeha handetika anao rehefa nahazo filazana amin’ny taratasy izy fa dia tera-tany amin’ny andafin’ny riaka. Izay angamba le hoe « tafita » ny olona ary tsy eo amin’ny toerany aho ka izay ngamba no tsy ahazoko an-tsaina izany.

Leurs ancêtres les Gaulois

« Ha! Mais vous déterrez les cadavres, vous!!!! » : c’est par ces mots que j’ai été accueillie par des collègues un jour en allant au boulot. Désireux de me raconter ce qu’ils ont appris par un documentaire sur Madagascar, que je devine sur le famadihana, ils ont posé de nombreuses questions mi-dégoûtés, mi-fascinés. Il faut dire que c’est presque toujours le même refrain quand il y a ce genre de documentaires qui passent à la télé: ils se rappellent que j’ai un nom très long (et je ne cesse à chaque fois de dire qu’il est peut être long mais il a une signification particulière) et donc, que je suis Malgache, ils me racontent ce qui a été vu et entendu, et ils interprètent par la suite à leur sauce ce qu’ils en ont retenu. Il ne faut pas blâmer ce qu’ils ont vu. Non, ces documentaires ne sont pas toujours mal faits, au contraire, mais les gestes, les significations et l’importance des choses sont perçues autrement quand tu baignes dans cette culture là depuis la tendre enfance et quand on t’y inities en deux tours d’horloge.

Là où ils ne trouvent qu’une cérémonie barbare, à la limite du glauque, la Malgache en moi voit une communion entre ceux qui sont encore restés et ceux qui sont déjà partis, un hommage à ces membres de la famille qui nous ont précédés et qui continuent à répandre sur nous leurs bénédictions et leurs bienveillances.

Cette différence de point de vue sur la mort (et ainsi, sur ceux qui sont partis) trouve peut être son explication dans la différence de considération que les uns et les autres ont de la vie. En effet, pour le Malgache, l’esprit de famille et la cohésion familiale ne sont pas de vains mots. D’ailleurs, il y a un proverbe malgache qui illustre parfaitement cet état d’esprit: velona iray trano, maty iray fasana (on se retrouve dans la même maison de notre vivant et on est dans le même tombeau une fois qu’on meurt). Vivre chacun pour soi de son côté pour les membres d’une même famille n’est pas aussi facile et évident à Madagascar que la situation l’est sous d’autres cieux (où vivre chez les parents jusqu’à un certain âge paraît comme une honte ou du moins un phénomène). L’on peut arguer de la difficulté d’acquérir une indépendance financière pour les uns et les autres, ou d’une culture qui infantilise et castre toute velléité d’indépendance chez les jeunes.

Coinçée que je suis, j’aime à penser que cette conception de la famille chez les Malgaches dénote un vouloir vivre ensemble naturel et surtout une préoccupation que les uns ont envers les autres (fifampitsinjovana, valim-babena) et que cette réciprocité continue même au-delà du passage vers l’Au- Delà, aussi primaire, barbare et glauque que cela puisse paraître pour les gens de l’extérieur. C’est ainsi que lors de la fameuse canicule de 2003, où pas moins de 70 000 personnes ont perdu la vie en Europe, il a été difficile pour moi de comprendre comment des grands-pères et des grands-mères et des parents ont pu rester autant de temps (parce que la mort par déshydratation n’est pas rapide je pense, sans avoir fait des études de médecine) sans que personne ne vienne prendre de leurs nouvelles ou s’occuper d’eux. (Il y a même ceux dont les dépouilles n’ont pas été réclamées par leurs familles et qui ont dû être mis en terre sans qu’aucun de ses enfants, petits-enfants, neveux, nièces ne daigne venir).

Il faut peut être y voir en premier lieu, les méfaits de cette culture de l’indépendance et de l’individualisme qui leur sont inculqués dès le plus jeune âge. Pour la caricature: bébés, ils sont mis à la crèche, enfants, ils sont éduqués par des nounous, adolescents, ils partent en vacances avec les amis, le bac en poche, ils s’en vont du cocon familial, adultes, c’est chacun pour sa propre famille, sauf pendant Noël (parce que le Nouvel An c’est avec les amis) et autres évènements familiaux. Sans prétendre généraliser, à Madagascar, il y a toujours la grand-mère, le grand-père, la tante qui acceptent de donner un coup de main pour le bébé. Les vacances se passent chez les grands-parents ou quelqu’un de la famille avec tous les cousins et cousines. Et la plupart du temps (même si ça commence à changer), l’on ne sort du cocon familial que pour rejoindre notre propre foyer que l’on aura fondé. Evidement, tout évènement est bon pour se voir tous ensemble (même juste le dimanche lorsque l’on sort de l’Eglise et du Temple). En second lieu, les rituels et fomba lors de la perte d’être chers sont radicalement différents, si à Madagascar, et sauf exceptions, c’est la famille qui s’occupe d’apprêter le(la) défunt(e) pour son dernier voyage, et qu’on veille sur celui-ci (celle-là) et qu’enfin on le raccompagne par force de chants et prières pour qu’il (elle) atteigne convenablement la terre des ancêtres, il en est différemment sous d’autres cieux où une multitude de professionnels s’occupent de tout bien faire (« c’était un bel enterrement! ») dans les lieux dédiés loués ou achetés et après, il reste les diverses occasions pour fleurir les tombeaux.

En définitive, chaque culture est différente mais j’aime à penser que le cercle familial malgache est un cercle vertueux dans lequel les ancêtres (ny razam-be) s’occupent de veiller sur leurs descendants, qui à leur tour s’occupent de leur rendre hommage. Et l’on s’occupe aussi bien des ray aman-dreny (littéralement les pères et mères mais désigne en général les personnes âgées de la famille) que des fara aman-dimby (la jeune génération appelée à succéder). Ce n’est ni glauque, ni primaire, ni calculé, c’est juste un espèce d’amour fraternel et familial non exprimé mais ô combien ressenti.